Chapitre 1 : La nouvelle princesse
La lune perçait les nuages, et éclairait une prairie très fleurie, près d'un petit bois. Les arbres étaient noueux, ravagé par les temps, et ressemblaient à des silhouettes de sorcières, comme sur les gravures. La pluie tombait doucement, comme un fin rideau, et le son du clapotement doux et régulier était assez agréable si l'on était au chaud dans son lit. Le vent soufflait par intervalles régulières, parfois assez doux, parfois assez violent, et le bruit qu'il produisit en sifflant dans les arbres ressemblait fort à des gémissements. Un hibou sortit du bois, attrapant un mulot qui passait par ici, un louveteau s'aventura hors de sa tanière, et admira pour la première fois la nuit. La prairie, si fleurie et si bucolique était recouverte de l'ombre des nuages, et les fleurs, de toutes les couleurs, de toutes les variétés et de toutes les tailles donnaient à ce tableau un petit air de mystère.
Le petit louveteau s'avança vers cette fameuse prairie, et entendit deux bruits inhabituels. L'un d'eux l'intrigua, et le second lui fit retrousser chemin. Le second bruit était un aboiement, celui d'un jeune berger allemand, pour être précise. Ce chien, nommé Prince, était bien connu dans ce coin-là ; son maître était une sorte de garde forestier, et Prince avait déjà eu affaire à la meute du louveteau.
De coutume, son maître, M. Dubois, lui laissait la porte du fond entrebâillé pour qu'il puisse sortir éventuellement faire ses besoins. En général, le chien préférait tout de même, rester et veiller sur son maître. Mais les animaux ont parfois des intuitions qu'eux seuls ont, et pas les humains. Prince avait sentit que quelque chose ne tournait pas rond quand plus tôt dans la soirée il avait entendu un meute de loups plus au sud de la maison grogner et apparemment poursuivre quelque chose. Mais il n'avait pas réagi, car sinon il se serait fait punir. Il s'était assoupi au pied du lit de M. Dubois, seulement voilà, un cri l'avait réveillé, et cette fois, il sortit de la maison.
En arrivant, il avait senti la présence d'un louveteau qu'il avait déjà rencontré. Aboyant pour le faire fuir, il couru assez vite pour mettre en chasse le jeune petit curieux, et s'arrêta à l'orée du bois. Puis, il fit demi-tour, et s'approcha de la source du cri. D'abord, il reconnut une femme allongée par terre, et ne lui prêta guère d'attention, car il avait l'habitude de voir des êtres morts. Ce qui aiguisait sa curiosité, c'était le plus petit être qu'il avait vu dans sa vie de chien. Un bébé en lange, dans son panier était réveillé et braillait du plus profond de ses poumons. En voyant la tête du berger allemand, le bébé s'arrêta quelques instants, avant de reprendre de plus belle. Intrigué, ne sachant que faire, il prit un morceau des langes dans sa bouches, comme le lui avait appris son maître pour ramener des proies mortes ou vivantes.




